24.04.2009
Asie du sud-est
Asie du sud-est : Malgré la crise mondiale, la modernisation se poursuit

Cette partie du monde continue à se développer à un rythme accéléré. Les pays en retard – Laos, Vietnam, Cambodge – sont ceux qui affichent les plus forts taux de croissance. Seule la Birmanie, dirigée par une junte «socialiste», reste engluée dans la misère.
Indonésie : Forte croissance, mais manque d’investissements
Malaisie : Modernisation, mais dirigisme excessif
Singapour : Un des pays les plus performants de la planète
Thaïlande : Economie saine, mais forte instabilité politique
Vietnam : Un dragon asiatique en proie à une forte inflation
Indonésie : Forte croissance, mais manque d’investissements

Voilà déjà dix ans que le général Suharto a été débarqué, mais ses trente-deux ans de dictature, marqués notamment par le pillage des richesses nationales, ont laissé des traces durables en Indonésie : épuisement du sol, délabrement des infrastructures, instabilité politique, lourdeurs bureaucratiques, corruption généralisée.
Un véritable gâchis pour ce gigantesque archipel (17 000 îles, 233 millions d'habitants) s'étirant sur 2 millions de kilomètres carrés, l'une des trois zones, avec le Brésil et le bassin du Congo, les mieux dotées du monde en ressources naturelles, tant minières qu'agricoles. Autre coup dur, la crise financière qui a secoué tout le Sud-Est asiatique en 1997 et a valu à l'Indonésie de voir son PNB chuter de 13% l'année suivante.
Maintenant que cette période sombre s'est éloignée, et grâce à l'avènement de la démocratie, à l'assainissement des finances publiques et à son ouverture à l'international, l'économie indonésienne a repris des couleurs : après 5,5% en 2006 et 6,3% en 2007, la croissance a atteint 6% en 2008 ; la balance commerciale est largement positive grâce au boom des exportations ; et l'inflation semble maîtrisée.
Il n'empêche qu'un Indonésien sur deux n'a encore que 2 dollars par jour pour vivre, qu'au moins le quart de la population active est sans emploi réel et que, faute d'une confiance pleine et entière des investisseurs étrangers dans la politique indonésienne, la modernisation du potentiel productif est très lente. Un exemple : important producteur de pétrole brut, l'Indonésie est devenue importateur net d'hydrocarbures faute de raffineries opérationnelles, d'où son récent retrait de l'Opep. Un test très attendu : combien de capitaux internationaux accepteront-ils de se mobiliser pour participer au financement des 200 projets d'un montant de 19 milliards de dollars lancés par le gouvernement ? Dont, justement, une raffinerie géante à 4 milliards de dollars...
Malaisie : Modernisation, mais dirigisme excessif

Les célèbres tours Petronas de Kuala Lumpur (462 mètres de hauteur chacune) datent de 1998 et ont été largement dépassées depuis, mais elles illustrent toujours la volonté de la petite Malaisie (27 millions d'habitants) d'offrir l'image d'un pays riche et moderne.
Une image qui n'est pas loin de la réalité, car, avec un PIB par tête de l'ordre de 13 000 dollars (en parité de pouvoir d'achat) et un chômage quasi inexistant, son niveau de développement la place devant certaines républiques d'Europe de l'Est.
C'est la conséquence d'une croissance d'environ 6,5% par an, pratiquement ininterrompue depuis trente ans, grâce à l'exploitation d'importantes ressources naturelles (minerais, hydrocarbures, bois, caoutchouc, huile de palme). Mais, selon le FMI elle ne dépassera pas 2,6% cette année.
Amorcée dans les années 1990, la politique industrielle nationale visait à créer un capitalisme puissant. A en juger par le poids d'entreprises comme Petronas (pétrole), Tenaga (électricité) ou Telekom Malaysia, l'objectif est atteint. Parallèlement, les investissements privés ont été encouragés, à condition qu'ils s'orientent vers des secteurs exportateurs, les matériels électriques et électroniques par exemple. Là encore, le succès est au rendez-vous, puisque ces matériels représentent presque 50% des ventes à l'étranger.
Pour être considérée comme un pays développé dès 2020, ce qu'elle ambitionne officiellement, la Malaisie doit toutefois encore passer d'une économie semi-dirigiste, donc peu réactive à l'évolution des marchés, à une économie plus diversifiée et plus accessible aux étrangers. Et supprimer aussi les avantages (quotas d'emploi, financements...) dont bénéficient les Malais de souche au détriment des citoyens d'origine chinoise ou indienne, qui représentent plus du tiers de la population. Ce sera difficile : le gouvernement est vivement critiqué pour la forte hausse des prix, et sa majorité parlementaire est menacée.
Singapour : Un des pays les plus performants de la planète

Avec un revenu par tête comparable à celui des plus performantes économies occidentales, cette ville-Etat de 4,5 millions d'habitants est de loin la championne du Sud-Est asiatique. Le plus étonnant est que sa croissance s'est poursuivie jusqu'à 2007 à un rythme soutenu, de l'ordre de 7% par an. «Ce pays développé croît aussi vite qu'un pays en voie de développement», résumait un banquier chinois.La chute est terrible, puisque la croissance devrait être à peine positive cette année.
Les singularités de la ville du Lion. D'abord, l'exiguïté du territoire (700 kilomètres carrés) condamne Singapour à se doter d'une identité forte, tout en s'ouvrant sur l'extérieur. Ensuite, son mélange de libéralisme débridé, très apprécié du business international, et de politique intérieure stricte est un important facteur de sécurité pour les investisseurs.
Cette politique a été mise en œuvre depuis un demi-siècle par Lee Kuan Yew et, à partir de 2004, par son fils Lee Hsien Loong, deux Premiers ministres à la fois despotes éclairés et génies des affaires. Singapour est ainsi devenue un grand pôle international de services aux entreprises, soutenu par un système financier moderne et par un port gigantesque, numéro 1 mondial du transport par containers.
Les productions manufacturières représentent encore le quart du PIB, mais cèdent peu à peu la place à des activités postindustrielles, de recherche notamment (chimie, pharmacie, biotechnologies), lesquelles présentent deux atouts majeurs : elles sont peu gourmandes en hectares et, grâce à leur forte valeur ajoutée, constituent une nouvelle source de croissance, susceptible de compenser le ralentissement que les experts prévoient pour les années à venir. D'où les démarches pressantes qui – faute de talents suffisants sur place – se multiplient auprès des scientifiques américains et canadiens, avec un succès jusqu'ici limité. Les autorités ne le cachent pas : la seule richesse qui puisse assurer l'avenir du pays, c'est la matière grise.
Thaïlande : Economie saine, mais forte instabilité politique

Même si le ralentissement de l'économie mondiale et la crise financière n'épargnent pas la Thaïlande, ce pays jouit fondamentalement d'une bonne santé économique. Ses problèmes sont d'ordre politique.
Certes, après le coup d'Etat militaire en 2006, le dix-septième en cinquante ans, les civils sont revenus au pouvoir, mais leurs pratiques aussi douteuses que celles de leurs prédécesseurs (corruption, fraude électorale...) ont provoqué l'hostilité d'une grande partie de la population urbaine et conduit, début décembre, la Cour constitutionelle à dissoudre le parti du Premier ministre Somchai. Seul le roi Bhumipol, 80 ans, vénéré comme un demi-dieu, fait l'unanimité.
A la base de cette réussite, il y a la volonté de privilégier les produits à forte valeur ajoutée. Ainsi, les ventes à l'étranger Avec un taux de croissance qui faiblit mais reste voisin de 5%, une forte progression du pouvoir d'achat et une espérance de vie de 73 ans, l'ex-Siam a atteint un niveau de développement honorable. Principal moteur, le dynamisme du commerce extérieur (12,5 milliards de dollars d'excédent en 2007), qu'il s'agisse des produits alimentaires (la Thaïlande est le premier exportateur mondial de riz, d'ananas, de crevettes, de thon en boîte) ou d'activités industrielles, lesquelles doivent beaucoup à l'implantation de multinationales asiatiques dans les secteurs de l'automobile (usines Toyota, par exemple), de l'électronique et de l'électroménager.
L'an dernier, les industries à forte valeur ajoutée représentaient 65% des exportations. Principaux clients : les Etats-Unis, mais aussi le Japon, la Chine, Singapour et la Malaisie. Autre importante source de recettes, le tourisme : plus de 6 milliards de dollars au premier semestre 2007 (la dernière statistique disponible), malgré l'impact du tsunami. Mais la saison 2008-2009 pourrait pâtir du chaos social lié à l'instabilité politique.
Pour remédier à la dégradation de la conjoncture, le gouvernement Somchai voulait relancer des méga-projets gelés en 2006, comme l'extension du métro aérien de Bangkok ou l'irrigation du nord du pays grâce au détournement du Mékong. Nul ne sait si le nouveau pouvoir reprendra cet agenda à son compte.
Vietnam : Un dragon asiatique en proie à une forte inflation

Lentement mais sûrement, le Vietnam (88 millions d'habitants, dont 90% d'alphabétisés) est en train d'entrer dans le cercle des grands pays émergents d'Asie. Lentement, car il occupe encore un rang modeste (105e sur 177) dans le classement mondial des puissances économiques. Il est vrai qu'il a fallu du temps pour que la politique de libéralisation de l'économie, décidée dès 1986 (mais qui a dû être relancé en 2001), devienne efficace.
Aujourd'hui encore, les handicaps structurels, légués par le régime communiste, sont nombreux : infrastructures insuffisantes et parfois hors d'âge, notamment en matière de transports et d'énergie, services financiers rudimentaires, pans entiers de l'agriculture complètement archaïques, secteur public lourd, surprotégé et mal géré, main-d'oeuvre peu qualifiée. A cela s'ajoutent deux faiblesses conjoncturelles : une inflation qui s'emballe (près de 30% fin septembre 2008 en glissement annuel) et des déficits tant commerciaux que publics qui se creusent dangereusement.
Lentement, mais sûrement aussi, le Vietnam commence quand même à faire figure de nouveau dragon du Sud-Est asiatique. Sa forte croissance (8,5% en 2007, et encore 6,2% en 2008 malgré la crise financière) place son économie parmi les plus dynamiques de la région. Cette performance tient à la vigueur des exportations, dont la progression moyenne atteint 25% par an depuis 2003. Une vigueur qui résulte de l'augmentation spectaculaire des investissements directs internationaux (13 milliards de dollars en 2006, 20 milliards en 2007, sans doute plus de 50 en 2008), ce qui fait du Vietnam le deuxième pôle d'attraction des capitaux étrangers en Asie, après la Chine.
L'ex-Indochine a réussi à se débarrasser presque complètement de son image d'économie paralysée par le collectivisme. Son adhésion en 2007 à l'Organisation mondiale du commerce ne peut d'ailleurs que l'engager davantage sur la voie de l'ouverture et de la compétitivité.

09:01 Ecrit par EUROBERBERE dans Asie du sud-est | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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