« Le dalaï-lama | Page d'accueil | Risque accru d’attentat nucléaire aux USA »

05.12.2008

Le Zimbabwe

Le Zimbabwe décrète l'"état d'urgence" face à l'épidémie de choléra

D'un drame, au Zimbabwe, est peut-être en train de naître un électrochoc salutaire. Il a fallu qu'une épidémie de choléra se développe dans le pays 03.jpgpour que le gouvernement fléchisse, et reconnaisse implicitement qu'il est en train de mener la population à la catastrophe. Alors que le nombre de victimes du bacille du choléra a atteint 565 morts depuis août, l'ONU estime que "le nombre de morts recensé a augmenté cette semaine de 176 % par rapport à la semaine dernière". Le fléau échappe à tout contrôle : le pouvoir à Harare a décrété, jeudi 4 décembre, un état d'"urgence nationale" et appelé à l'aide la communauté internationale.

Si le ministre de la santé, David Parirenyatwa, affirmait il y a encore quelques jours que "la situation est sous contrôle", il s'est fait plus sincère mercredi, devant un groupe d'organisations humanitaires, dont certaines redoutaient d'être expulsées encore récemment. "Nos hôpitaux publics ne fonctionnent tout simplement pas. Le personnel est démotivé et nous avons besoin de votre soutien pour nous assurer qu'ils recommencent à travailler et pour redémarrer notre système de santé", leur a-t-il déclaré.

LES PAYS DE LA RÉGION HAUSSENT LE TON

Parmi les chefs d'état d'Afrique australe, l'épidémie de choléra a brisé un tabou. Toute la région, désormais, ose parler ouvertement du naufrage du Zimbabwe. En annonçant un don de son gouvernement à ce pays, un responsable du ministère des affaires étrangères du Botswana a froidement fait savoir : "L'argent est pour le peuple, pas pour les autorités." Il y a deux semaines, le Botswana s'est même permis d'offrir l'asile au chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, principal parti d'opposition), Morgan Tsvangirai, dont le parti a remporté le premier tour des élections en mars.

En Afrique du Sud, le nouveau pouvoir a également mis un terme aux atermoiements de l'ère Mbeki. "Il y a des signes très clairs (...) que les gens commencent à mourir de faim. L'Afrique du Sud et la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) ne peuvent rester les bras croisés", a déclaré jeudi le porte-parole du gouvernement sud-africain, Themba Maseko. Avant d'être chassé du pouvoir en octobre par son parti, le Congrès national africain (ANC), Thabo Mbeki a constamment ménagé l'homme qui l'avait accueilli au Zimbabwe au cours de son long exil pendant l'apartheid. Or, dans la nouvelle majorité au sein de l'ANC, la centrale syndicale sud-africaine (la Cosatu) joue un rôle-clef. Elle entretient des liens avec les syndicats zimbabwéens, qui combattent le pouvoir de Mugabe.

AGGRAVATION DE LA CRISE ÉCONOMIQUE

Le choléra n'est qu'une des conséquences d'une crise qui frappe l'ensemble des activités au Zimbabwe, et entraîne depuis une décennie l'ex-grenier d'Afrique australe vers le gouffre. L'agriculture est sinistrée, après l'expropriation chaotique des fermiers blancs. Le principal parti d'opposition, le MDC, qui a remporté les élections législatives, a signé, le 15 septembre, un accord de partage du pouvoir avec le parti de Robert Mugabe que nul ne parvient à faire appliquer. Surtout, la crise politique a entraîné et aggravé une crise économique d'ampleur (inflation à 231 millions pour cents, 80 % de chômeurs), dont l'épidémie n'est que l'ultime avatar.

Dans ce contexte, des manifestations ont été organisées à l'appel du principal syndicat, le Zimbabwe congress of trade unions. Des employés du secteur médical et des enseignants, par petits groupes de quelques dizaines de personnes, ont osé descendre dans la rue. Ils brandissaient des pancartes affirmant : "Nous en avons assez de dormir devant les banques ". Le seul moyen légal d'obtenir de l'argent liquide est en effet de passer des heures à attendre devant les établissements bancaires pour en retirer, par jour, moins d'un dollar.

Pour faire face à la crise économique, le gouvernement a légèrement relevé le plafond des retraits et lancé l'impression d'un nouveau billet de cent millions de dollars. Mais, face à la montée de la contestation, il a aussi misé sur les forces de police les plus brutales pour stopper les manifestations.

============================================================================================

Suicide du Zimbabwe

Lorsque le temps aura passé, peut-être le souvenir des épreuves subies par les Zimbabwéens sera-t-il à l'origine d'une honte sans bornes pour le reste de la planète, qui aura contemplé, à distance, ce pays d'Afrique australe être entraîné vers l'abîme par son président, Robert Mugabe. Au Zimbabwe, il n'y a plus de crise, mais une descente aux enfers, et, comme toute descente aux enfers, elle sera sans fond si rien ne change. Alors qu'une épidémie de choléra touche neuf provinces du pays sur dix, l'eau vient d'être coupée à Harare, ville moderne où les habitants qui le peuvent en sont réduits à creuser des puits dans leur jardin.

Le ministre de la santé a tranquillement recensé 11 071 cas de choléra depuis août, et compté que l'épidémie, qui touche déjà deux pays voisins, a tué 425 personnes. En fait de mesure d'urgence, les taxes sur les tombes seront levées. Un enterrement coûte 30 dollars à Harare. C'est plus qu'un mois de salaire d'enseignant.

Alors que le régime ne tient qu'avec l'appui de l'appareil sécuritaire, des groupes de soldats se sont attaqués à des changeurs de rue à Harare, déclenchant l'intervention de la police antiémeute. Dans le même temps, le retrait en liquide dans les banques a été limité à 500 000 dollars zimbabwéens par jour, un peu moins de 50 centimes de dollar US. L'inflation atteint officiellement 231 millions pour cent.

Ce suicide national, orchestré par un président qui a signé avec l'opposition, le 15 septembre, un accord de partage du pouvoir mais s'obstine à conserver tous les ministères clés, montre les limites du sésame des "solutions africaines aux problèmes africains" vanté par des leaders du continent ou d'ailleurs.

Thabo Mbeki, l'ex-président sud-africain, a été, durant plusieurs années, le médiateur obligé des négociations au Zimbabwe. Malgré l'aversion que lui inspirait le "camarade Bob" - Robert Mugabe -, M. Mbeki considérait comme un crime de lèse-Afrique les critiques trop vives adressées au pouvoir d'un autocrate installé à la présidence depuis 1980.

Il est temps d'enterrer cette complaisance, avant qu'elle n'emporte dans la tombe encore plus de Zimbabwéens.

13:46 Ecrit par EUROBERBERE dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Ecrire un commentaire