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22.11.2008
l'OMC
La rencontre avec le directeur de l'OMC, le 15 novembre, à Paris.
Pascal Lamy rêve d'une «OMC de la finance»
Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce
Pascal Lamy rêve d'une «omc de la finance»
Pascal Lamy n'était pas invité à Washington pour le G 20 de samedi dernier. Même pas grave ! Depuis Genève, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a réussi à faire passer son leitmotiv dans le communiqué final : «Il est vital de rejeter le protectionnisme.» Et pour cause : le protectionnisme, «cette tentation du repli», c'est sa phobie, lui qui espère mener à terme les accords commerciaux de Doha, bloqués depuis l'été. C'est «un retour au Moyen Age» que ce marathonien de la négociation multilatérale s'efforce d'éviter : «On a déjà vu le film. Ca a très mal fi ni.» En 1930, c'est une augmentation drastique des tarifs douaniers américains, rappelle-t-il, qui a transmis la crise économique d'alors des Etats-Unis au reste du monde, «comme la vérole».
Pour convaincre, pas question de lésiner : Lamy se prête volontiers à une interview à Challenges ce samedi matin radieux, lors de l'un de ses «rares, trop rares week-ends à Paris». Il joue avec talent du choc des mots et du poids de l'histoire. D'autant que le fléau a le vent en poupe. Aux Etats-Unis, surtout. «C'est vrai que, depuis vingt ans, les démocrates ont de plus en plus de mal à trouver une majorité en faveur de l'ouverture des échanges.» La nouvelle équipe Obama préparerait-elle une fermeture des frontières ? Les démocrates au pouvoir au Congrès et au Sénat, les vrais responsables de la politique commerciale de la première puissance économique mondiale vont-ils ériger des barrières douanières pour protéger les jobs américains face à la déferlante des importations Made in China ? Lamy préfère trouver des raisons d'espérer. «C'est l'insécurité sociale qui a favorisé la montée du protectionnisme au sein de l'opinion américaine. Avec l'équipe Obama à la Maison-Blanche et une majorité démocrate à la Chambre de représentants, on peut espérer que les Américains bénéficieront d'un meilleur fi let de sécurité... et changeront d'avis.» Chez ce social-démocrate, disciple de Jacques Delors, c'est une conviction ancrée, inlassablement répétée : le social et le commerce, cela marche ensemble.
Déterminé
Un article de foi pour ce grand commis de gauche, qui, à l'heure des délocalisations, n'a pas son pareil pour démontrer que le commerce profite aux plus démunis. «Ces vingt dernières années, 400 millions de personnes sont sorties de la pauvreté en Asie !» Face aux détracteurs de l'OMC, qui reprochent à l'institution d'accélérer une libéralisation aveugle au détriment des plus faibles, Pascal Lamy oppose un argumentaire bien rodé : «L'OMC, c'est le seul recours des Africains quand l'Europe ou les Etats-Unis subventionnent les exportations agricoles sur leur continent.»
Cultivé, il remonte le temps, évoque les débats sur le prix du pain qui, dans l'Angleterre du XIXe siècle, ont opposé les grands propriétaires terriens, protectionnistes, aux ouvriers affamés. Paraphrase Montesquieu : «Là où le commerce passe, la guerre ne passe pas.» Sans s'énerver, il pourfend le «repli hexagonal» d'un Emmanuel Todd, apôtre contemporain du protectionnisme, cette «tradition française héritée de Colbert». Son credo à lui ? L'ouverture aux échanges, «parce que tout le monde y gagne». Inoxydable.
C'est bien parce qu'il y croit dur comme fer que Lamy tient à rempiler pour quatre ans à la tête de l'OMC, comme il l'a annoncé au début du mois. Un sacerdoce, parce que relancer les négociations de Doha en plein marasme économique ne va pas être évident. Cela tombe bien : «Lamy tient du moine-soldat», suggère un diplomate pour caractériser ce workaholic qui carbure au travail nocturne et au footing (très) matinal. La facilité, ce n'est pas son truc. S'il brigue un nouveau mandat à partir de septembre prochain, c'est précisément «parce que la crise économique et financière va être profonde et durable». Parce qu'il va falloir se battre pour que les frontières s'ouvrent.
Enthousiaste
Mais attention, Lamy refuse de se laisser caricaturer : «Je ne suis pas le meilleur avocat du capitalisme de marché», glisse-t-il. Non ? Après son brillant plaidoyer contre le protectionnisme, on croit avoir mal entendu, mais il confirme. De fait, ce social-démocrate préconise des règles plus contraignantes face à la crise financière : «Il existe des normes mondiales en matière d'épizootie, on ne laisse pas circuler des bovins contaminés. Pourquoi laisser passer les produits financiers toxiques ?» Il rêve d'«une OMC de la finance», c'est-à-dire «une institution au sein de laquelle on négocie des règles et on arbitre les différends» entre les grands acteurs financiers de la planète. «Parce que l'OMC est un mélange unique d'ouverture et de régulation», explique-t-il avec un enthousiasme communicatif. On devine que c'est sa quadrature du cercle. Brusquement, on sent que Lamy projette dans l'institution qu'il dirige ses espoirs, peut-être ses contradictions. Complexe, patiente, décriée, l'OMC lui sert de miroir.
08:33 Ecrit par EUROBERBERE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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