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25.07.2008

Christine Larde

23 juillet 2008

Cchristine-lagarde_1216850731.jpghristine Lagarde réchauffe le plat des experts en expertise

Des grands pays européens, la France est donc celui qui résiste le mieux au renchérissement de l’euro ; celui où il en coûte le moins d’installer une entreprise ; celui enfin où les salariés coûtent le moins cher. C’est le cabinet d’audit et d’expertise comptable KPMG qui l’affirme dans la livraison 2008 de son étude bisannuelle :« Choix concurrentiels ».

Cette étude, publiée le 27 mars, présente depuis lors sur le site internet de KPMG, et d’ailleurs évoquée ici le 22 mai, fut toutefois présentée mardi comme une révélation, page-de-garde-kpmg-2008.1216850888.PNGlors d’une conférence de presse organisée à Paris en présence de

Christine Lagarde, ministre de l’économie et de l’emploi. Celle-ci s’en est félicitée comme il convient dans sa situation : en attribuant les mérites de la compétitivité française à la politique du gouvernement.

KPMG, plus modestement, indique que depuis la précédente étude en 2006, « la France a accru son avantage sur les autres pays européens, grâce à une inflation relativement modérée dans tous les grands compartiments de coûts ».

Cette étude laisse le lecteur perplexe. Le satisfecit donné à la France tient notamment à un résultat inattendu. C’est dans l’Hexagone que les coûts salariaux sont les moins chers d’Europe. Des coûts prenant en compte non seulement les salaires et les charges sociales obligatoires, mais en outre les cotisations sociales et autres avantages sociaux facultatifs, tels l’assurance complémentaire santé.

Or les calculs de KPMG, que le cabinet se plait à comparer d’une étude à l’autre, s’appuient, pour ses comparaisons internationales, sur les coûts recensés dans trois villes dont la liste est changeante :  Grenoble, Toulouse et Mulhouse en 2002 puis 2004, Paris, Mulhouse et Nantes en 2006, enfin Paris, Mulhouse et Toulouse en 2008.

avantages-sociaux-obligatoires-et-facultatifs-en-france-png_1216851064.pngMoins sérieux encore est le sort qui est fait aux charges sociales dans les études successives de KPMG. Il est peu probable que les charges obligatoires en France soient tombées de 43% des salaires en 2002 à 23% en 2004 sans que nul ne s’en soit aperçu – sauf les experts en expertise de KPMG, bien entendu. (Cliquez sur le graphe pour l’agrandir). Même remarque (cliquez sur l’autre graphique) pour les avantages facultatifs au Royaume Uni, tombés de 40% des salaires en 2006 à 30% en 2008. Tout cela sans qu’aucune explication ne soit jamais donnée, dans un rapport en deux volumes couvrant en tout 194 pages.

Autre étonnement : KPMG a pris le parti, une fois pour toutes, de considérer que la productivité du capital et la productivité du travail sont les mêmes dans tous les pays industrialisés. Dans l’édition 2002, les « experts » justifiaient ainsi ce choix pour la productivité du travail :  « Des analyses détaillées ont montré que les écarts de rendement potentiel des employés doivent être très importants pour avoir un effet marqué sur les résultats de l’étude ».

Quelqu’un a dû faire remarquer que, justement,  Eurostat a mesuré des écarts très sensibles de la productivité horaire du travail. La productivité des travailleurs français, par exemple, est supérieure de près de 20% à la moyenne européenne. Dans l’édition 2006, KPMG préfère plaider l’incompétence : « Ce facteur étant très difficile à évaluer de façon objective, les comparaisons de cette étude ne font pas de différence sur ce point ».

avantages-sociaux-obligatoires-et-facultatifs-royaume-uni-png_1216851254.pngIl ne semble pas que Christine Lagarde ait dépensé un centime du budget de l’Etat, pour le financement de cette étude. Si elle était tenté de passer commande de l’édition 2010, il faudrait lui rappeler que l’OCDE et Eurostat, notamment,  fournissent aussi des données sur la compétitivité comparée de pays. Sont-elles plus fiables ? En tous cas, elles sont gratuites.